» L’Eloge de la Folie « 

 » Les hommes parlent souvent de moi

et je sais bien toutes les horreurs qu’ils disent

— y compris les plus fous — sur la Folie. «  

  »L’Eloge de la Folie » d’Erasme

(Traduction : J-C Saladin)

________________________________________________________________________________________

Mieux vaut être fou que de se croire sage et apte à juger autrui.

Le Fou du Roi n’a généralement la considération de personne et est souvent relégué au rang de pitre.

C’est pourtant lui qui voit l’invisible, qui frôle l’intouchable, qui évoque l’innommable et qui ne fait qu’un avec le grand Tout.

Un fou doit être bien courageux – ou heureux d’être fou – s’il ne sent pas ce jugement qui plane sur lui.

Revivre perpétuellement le jour du jugement dernier (infligé par vos pairs) – dans l’espoir qu’un jour ils cesseront la torture – est un leurre.

Vous qui ne faites pas encore chair avec votre Folie, apprenez à faire rire tous vos bourreaux

plutôt que de subir cet éternel recommencement et de vous plier tristement à leurs faux entendements.

Ce n’est pas une belle vie que de se voir torturé(e) et tué(e) ainsi à petit feu, regardant chaque matin – d’un air épouvanté

le crin retenant l’épée au-dessus de votre tête, ce poids suffocant d’une opinion de masse

qui se nourrit de vos peurs et de vos doutes pour vous interdire d’exister.

Ne pliez donc pas sous le joug de ce schéma de pensée fatigué et délabré,

défendu ardemment par ceux que l’on nomme les « bien pensants » et qui s’imaginent détenir les clés de la Vérité.

Cessez donc d’accorder du crédit à ces tristes pantins arrogants qui ne font que guetter vos moindres faux pas.

Ces esprits inhabités – face à leur propre vide – cherchent désespérément un moyen de ne pas éprouver leur ennui.

Ô Etres à l’esprit hautement cartésien, Ô êtres à la morale inébranlable, vous qui prônez la bienséance,

vous qui vous croyez au-dessus de la fange à regarder avec mépris d’un air outragé ceux ou celles

qui refusent d’appartenir à cette mascarade à laquelle vous seuls croyez,

cessez donc de vous complaire à juger les faits et gestes du monde entier,

quittez donc, le temps d’une danse, cette prison dorée que vous avez créée pour vous-même,

ce semblant de réalité dont l’homme a accouché afin de ne pas se confronter

à ses contradictions et à ce qu’il nomme sa part d’ombre.

Quittez donc cet enclos poussiéreux depuis lequel – loin de ce que vous nommez vice et folie – vous pensez effleurer la lumière du génie.

Celui qui déclare son voisin fou sans voir sa propre folie, est un pauvre d’esprit.

Que celui-là regarde en lui -même et identifie cette part de folie qu’il a si fortement réprimée, avant que celle-ci

- dirigée par un inconscient un peu trop volage – ne vienne nuire à son entourage.

Quittez donc cette dimension où l’Homme se prend pour Dieu

et venez visiter cette contrée pas si lointaine où les Fous sont Rois.

Et si votre entendement ne saisit pas mon propos,

c’est que vous n’êtes pas assez sage ou trop illuminé pour être éclairé.

 

dav

 

Amour, Beauté, Désir |
the green dress and the blu... |
chatsrimentencoeur |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | BAUDELAIRE, LORD BYRON, LE ...
| Le monde de alarc
| Les écrivants