Comment faire pour être heureux ?

Une amie m’a récemment demandé comment faire pour sortir de la mélancolie permanente. 
J’étais incapable de lui répondre, tant la transition s’est faite petit à petit, en moi. Tous les jours, je me suis penchée sur ma personne. Même les jours où je me croyais profondément en guerre avec moi – même, je m’observais et j’essayais de comprendre mon mode de fonctionnement. Et malgré mon errance apparente, la joie et l’espérance m’apprivoisaient de nouveau.

Un conseil m’est venu : si tu veux être heureux, joue, dans un premier temps, celui qui est heureux. L’ultime danger de ce procédé est de paraître heureux en société et de mourir d’angoisse dans sa solitude. Cela arrive quand on veut paraître heureux uniquement pour «garder la face». Si l’on fait semblant d’être heureux, et qu’on le fait pour soi, cela fonctionne bien.

Alain l’exprime si bien, dans Propos sur le bonheur. Voilà ce que j’en ai compris : Si tu te sens mal, souris. Tu te sens déjà moins mal. Si tu fais la tête de celui qui souffre, tu souffriras encore plus, et tes grimaces te donneront mal à la tête. Et ne souris pas pour jouer le martyre, ou t’inventer des histoires, non, tu souris sincèrement. Tu as mal mais tu souris. Et tu inondes ton corps de ce sourire, et tu sens tes maux diminuer progressivement. Parfois, on a réellement mal, une douleur physique, à laquelle on ne peut rien, ou un sentiment violent qui nous envahit. Mais il est toujours possible de le vivre autrement. Et surtout, avec sincérité. Ne pas être dans le drame de notre existence, en restant convaincu par l’originalité de notre souffrance. Tous les humains souffrent. C’est d’une banalité effarante. Ne pas faire de pléonasme entre ce qu’on ressent et ce qu’on exprime par le corps. Le corps est un support, qui mange, dort, assouvit ses besoins. Il n’a pas besoin qu’on lui inflige une interprétation intellectuelle de ce qu’on ressent déjà physiquement.

Et puis, il faut apprendre à mettre des mots différents sur nos sensations. Avant, chaque sensation éprouvée, je la traduisais par «aie». Maintenant, j’essaye de ressentir, sans émettre de jugement.

Jusqu’à aujourd’hui, je méprisais cette dignité aristocratique ou cette fierté des familles sans le sous qui tiennent droits dans leur bottes. Lorsque je me roulais de douleur par terre, en hurlant, suppliant que quelqu’un me ramasse, je n’avais aucune dignité. Et je trouvais ça noble, d’être capable de dépasser les limites de mon intégrité pour exprimer une douleur qui me dépasse. Mais, en fin de compte, même si je ne regrette en rien ce que j’ai été, je réalise que ce n est pas un mode de fonctionnement à part entière. Lucrèce Borgia ne se fait pas mal à la gorge quand elle s’exprime. Alors pourquoi je le ferai ? Il faut prétendre ce qu’on rêve d’être, avant d’être naturellement l’idéal de nous-même, dit souvent Mr Cochet. Mon Dieu, tous ceux qui se méprennent sur le sens de ce propos. Et qui s’éloignent d’eux même pour pouvoir mieux revenir à côté d’eux mêmes… Donc, selon moi, la dignité humaine se situe au delà de toute convention, morale, religion..
C’est un principe de vie.

A la base, je suis un être banal, faible, inconscient, ignorant. J’aurais pu vivre ainsi jusqu’à ma mort, si je n’avais cette volonté de connaître l’amour, le vrai. Mais pour cela, j’ai du entreprendre un vrai travail de fond. Et voilà ce que j’ai compris : si je ne suis pas heureuse, c’est parce que je ne sais pas qui je suis, et de ce fait, je me manque de respect. Et je manque donc de respect à l’autre. «Aime toi avant d’aimer les autres». Pas si bête, le Jésus.

J’ai soudainement une pensée pour tous les couples qui s’engueulent et s’insultent. A une époque, je croyais que tout, dans l’excès, était bon et sain. Ayant vécu dans un milieu où les esclandres sont toujours mal venus et où la frustration est préférée à la manifestation d’une sensation, je craignais de m’enfermer à l’intérieur de moi-même. J’avais peur de devenir comme eux, des personnages «Voutchiens». Alors, j’ai couru dans le sens inverse, dans la direction des Bidochons… Je jouais ce rôle et j’allais au bout. Des hurlements, des insultes, des bagarres, l’auto-destruction, la haine, le poison de la petitesse envahissait mes relations. Mais j’ai compris que ce mode de fonctionnement ne me convenait pas non plus. Je ne peux pas hurler sur quelqu’un en espérant qu’il me respecte. Je ne peux pas espérer respecter quelqu’un dont je ne tolère pas les limites humaines.

Je ne sais comment je vais réagir à l’avenir. Je suis impatiente d’explorer ce nouveau moi. Je l’explore déjà toute seule, et c’est une expérience quotidienne extraordinaire, mais on se conforte si facilement dans une image de soi qu’on croit être la bonne, que je n’ose encore affirmer que je me suis trouvée.
Aujourd’hui, je souhaite donc voir si je suis capable d’être à la hauteur de mon nouveau moi, auprès de gens que j’aime. Transformer mon quotidien en oeuvre d’art. Je vais le jouer, dans un premier temps. Car j’ai joué la personne sûre d’elle avant de la devenir. J’ai joué l’idiote avant de le devenir. J’ai joué à être vulgaire, faible, malsaine, prude, et je le suis devenue. Alors je ne vois pas pourquoi je ne peux pas devenir n’importe quoi d’autre, que je choisis.

Je comprends enfin la notion de volonté : avoir la volonté de devenir qui on est vraiment. Pour moi, volonté rimait avec «se faire violence», faire preuve de volonté signifiait aller à l encontre de nos élans naturels, or, les élans que je jugeaient naturels n’étaient que du laisser-aller, et de surcroît, je croyais que c’était du lâcher-prise et que j’avais raison et que j’étais simplement une incomprise.
Échapper au monde tel qu’il est, s’inventer autre chose, une vision imaginaire et réductrice, en se faisant croire qu’on se protège alors qu’on cherche à s’éviter. Aujourd’hui je ne veux plus réduire mon âme ni le monde dans lequel je vis. Il est déjà infiniment grand et petit. Je n’ai pas besoin de chercher à le mesurer. L’humain a pris la grosse tête avec sa notion de progrès. Il croit qu’il maîtrise la nature. 
Aujourd’hui, je sais qu’on peut rire et pleurer en même temps, qu’on peut s’émerveiller tout en ayant conscience de la dureté de la vie, que le coeur peut battre à diverses allures, et qu’aucune n’est meilleure que l’autre. Mais chacun à son mode de fonctionnement qui le fait se sentir bien. Moi, par exemple, je ne peux physiquement pas supporter l’absence de rythme et de communication. C’est comme ça. Je dois donc apprendre à me respecter et à me protéger tout en restant ouverte au monde.

Aujourd’hui, j’ai l’impression d’être divisée en deux : celle qui tombe du ciel, et qui va bientôt réatterrir, et celle qui tend les bras vers le ciel pour me récupérer avec force et douceur. Je deviens Une , je m’unifie, j’apprends à me comprendre. Et me sens alors enfin disposée à aimer pleinement la vie.

Etre heureux, en fin de compte, c est accepter d’être, tout simplement.

 


Un commentaire

  1. nowak dit :

    C’est vraiment ce que j’essaie de faire en ce moment »laisser mes sentiments s’exprimaient »…Aussi bien en matière de mouvement que par paroles!!!
    Dans nos petites campagnes, cela choque…Qu’on puisse dire sans blesser l’autre toutes nos joies, nos peines etc…

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