La Relaxation : « C’est un grand art quelques fois de vouloir ce que l’on est assuré de désirer » – Alain

En partant toujours de cette idée que pour aller plus loin, il faut venir de loin, je m’atèle en ce moment à la relaxation. 

 

Nous vivons à une époque où tout concept se rapportant de près ou de loin à la Nature et au Bien-être, est socialement approuvé mais il existe malheureusement des formes souvent saugrenues tel que le « Bio », élément soi – disant incontournable de notre quotidien pour se sentir en phase avec soi même. 

 

Les gens sont tellement angoissés par le fossé qu’ils creusent entre eux et la Nature, qu’ils se ruent sur n’importe quel produit aux codes couleur vert et blanc, séduits par des appellations idiotes, par des pseudo composantes tels que le Bifidus actif, rassurés par des labels écologiques, se déculpabilisant en achetant une fois par an un produit issu du commerce équitable pour avoir l’impression de ne pas être responsables des affres de la mondialisation, donc du progrès. 

 

Bref, j’insiste une dernière fois sur le fait que je ne suis pas une fervente adepte des CD d’hypnose pour l’arrêt de la cigarette, ou d’un séjour dans un SPA à 99 euros la minute. 

 

Une fois cet a priori écarté, j’ose aborder le sujet de la relaxation.

 

Lors des différentes étapes de réflexion sur moi – même pour essayer d’arriver à un équilibre mental et physique, tout en respectant les faiblesses qui me constituent, j’ai réalisé que tous les problèmes ne pouvaient se résoudre mentalement. On a beau croire comprendre intellectuellement le pourquoi du comment de notre essence même, la distinction corps / esprit, bien qu’elle soit has been, est encore ancrée en nous. Autant, l’idée de l’influence de l’esprit sur le corps, de la somatisation, commence à être vraiment évidente et à la mode, l’inverse apparemment l’est beaucoup moins. 

 

En lisant Propos sur le bonheur d’Alain, j’ai eu un déclic : 

 

« Lorsqu’un petit enfant crie et ne veut pas être consolé, la nourrice fait souvent les plus ingénieuses suppositions concernant ce jeune caractère et ce qui lui plaît et déplaît; appelant même l’hérédité au secours, elle reconnaît déjà le père dans le fils; ces essais de psychologie se prolongent jusqu’à ce que la nourrice ait découvert l’épingle, cause réelle de tout. » … et bien …  « Cherchez l’épingle ». 

 

Puisqu’il peut y avoir une grande part de volonté dans nos actes, puisque nous répondons à des schémas, des modes de fonctionnement auxquels nos parents nous ont habitué, êtres pleins de bonnes attentions … et de névroses, changeons. 

 

Non seulement il faut réaliser ce qui nous a vraiment conditionné et traumatisé lors de l’enfance mais aussi écarter les fausses raisons de notre mal être. 

Arrêter un jour ou l’autre de faire porter le chapeau à nos parents, au monde extérieur, mais assumer notre sensibilité, définir des limites qui nous permettent de garder notre discernement, tout en nous empêchant de nous regarder à travers le regard parental. 

 

Nombre de gens qui vivent en se disant « ça, je ne le fais pas, c’est pas bien. Je le sais parce qu’on me l’a appris. » Ça me fait penser à ceux qui votent pour le même parti politique que leurs parents, en faisant leur, des arguments, qu’ils n’ont jamais réfléchis. 

 

Une amie proche m’a un jour confié : « J’ai l’impression de faire les choses par défaut, et non par excellence » (par choix) 

 

Il est des sentiments dont ont croit être victime sans pouvoir influer dessus tels que l’irritation, la mélancolie, … 

 

L’objectif est de ne plus être victime de soi – même mais de tendre vers la maîtrise de soi. 

Elle ne passe pas uniquement par des raisonnements intellectuels que nos parents nous ont transmis (ou imposés), ni par ceux qu’on croit pondus par notre entendement, mais aussi par le corps ; je ne pense pas qu’il est utile de rappeler dans quelles conditions notre corps est amené à évoluer. Il est en souffrance car ignoré ou malmené. Pensez – vous que le fait d’effectuer un sport intensif régulièrement soit suffisant à se « sentir mieux dans sa peau ? » ça aide, oui, parce qu on se prouve à soi même qu’on est capable de tenir un certain rythme, parce que socialement parlant, ça fait bien de faire de la boxe ou du yoga, parce que le corps est nécessairement détendu après une séance de travail. Mais je ne crois à cela que superficiellement. L’essentiel du travail à effectuer se situe en fait dans la gestion de l’énergie. Et savoir d’où elle vient. 

 

Me concernant, il m’a fallu un certain temps pour comprendre que l’énergie que je déploie, je la puise dans une colère profonde et inassouvie d’enfant. Lorsque j’ai décidé de désorienter les racines de ma force afin de la puiser ailleurs, j’ai été prise d’angoisse : « Vais – je avoir autant d’énergie si je la puise ailleurs que dans un sentiment de colère ? Un autre mode de fonctionnement peut il m’être applicable ? » 

 

Le fait de repartir de zéro, car on a cette impression là, est horriblement frustrant et inquiétant. On se croit incapable de faire autrement que ce qu’on fait soi – disant naturellement. A ceux qui répondent : « Oui, mais je suis comme ça », et bien je n’y crois pas. Avez – vous entendu parler du témoin silencieux ? Tapez-le dans Google … Vous ne voyez rien apparaître lorsque vous faites une recherche? Et bien non, car ce n est pas un concept marketing, c est un des fondamentaux du Yoga. Pardon à ceux qui en sont professionnels et qui n’aiment pas ma façon de vulgariser cela. Mais cette notion me semble tellement importante dans ce travail : être Soi sans apparat, qu’est ce que c’est ? Un œil qui observe. 

Nous revenons sur l’idée du jugement en opposition à celle de l’observation. Tant que nous nous jugeons (et que nous jugeons les autres) via le regard parental, on ne peut découvrir et aimer notre moi profond. 

 

Pour revenir à la relaxation, j’ai découvert que le simple fait de fermer les yeux me posait problème. Je n’ai confiance en rien n’y en personne. Voilà ma première leçon. Apprendre à s’abandonner, sans crainte de jugement, dans certains moments d’intimité, mais selon moi, cela devrait être applicable socialement également. « Oui, mais si je suis moi, vraiment moi, est – ce qu’on va m’aimer ? ». Déjà, le moi « tout seul » n’existe pas. Ensuite, et il me semble que c’est une vérité générale de dire qu’on est attiré par les gens qui s’assument. Qui assument leur pensée, la disposition de leur corps dans l’espace, leur existence, en somme.

Ce travail de relaxation m’a permis de comprendre pourquoi j’étais parfois si éclairée en théorie et si piteuse en pratique. Je n’avais pas conscience de ce qui s’était inscrit dans mon corps. Je croyais que tout ce que je lisais s’inscrivait automatiquement dans ma peau. Je n’avais pas conscience de mon corps.  


Mon corps est constamment en tension, j’ai des douleurs récurrentes dans la poitrine, dans le dos, au ventre, à la tête… D’humeur continuellement souffreteuse, je commence à être lassée  par cette dictature de la souffrance que je m’impose. Une forme de masochisme. Une forme de refus de mon droit à la vie. 

 

Le frein essentiel à cela, c’est ma crainte de retrouver des douleurs insurmontables après avoir cru réussir à les chasser et à m’en protéger.  Ne plus avoir peur de souffrir, sans pouvoir accuser quelqu’un d’en être la cause.
Je croyais savoir me détendre, car autant je peux être très active et sous tension, autant je peux devenir totalement molle, comme un ballon dégonflée, mais à ce moment précis, je n’ai plus de pensée, plus de libre arbitre, plus de volonté, plus de force, et une mésestime considérable à mon égard. En gros, pour résumer, sois je me fais mal et je trouve ça justifié. Sois je ne sens plus rien, ni corps ni esprit, et je ne comprends pas l’intérêt de mon existence. Bien sûr, j’ai également des moments de joie intense mais trop souvent reliés – maigre conséquence – d’un jugement de valeur obsolète.
  

La relaxation apprend à reprendre progressivement le contrôle de son corps. Et de mes pensées… Au début, on ne comprend rien, on éprouve des choses, sans pouvoir les décrire, on a l’impression de faire dans la dentelle inutilement par rapport aux problèmes « psychologiques » qui nous accablent, mais en fait, la relaxation permet d’apprendre à se connaître sous la lumière de l’observation et non l’ombre du jugement.  Le but est de gaspiller un minimum d’énergie pour les petites choses, et d’arriver à rassembler une énergie profonde, saine et sincère, en cas de besoin. Faire de nous – même notre meilleur allié plutôt que de se considérer comme ennemi ou objet bizarre à se coltiner toute une vie.   

 

 


3 commentaires

  1. epon dit :

    Ces mots me parlent beaucoup, et m’aident.
    Seul souci, c’est que cérébralement j’ai compris, mais je ne suis pas sure de pouvoir l’appliquer aujourd’hui…
    Je pense que j’ai beaucoup de travail à faire sur moi-même encore (mais je suis encore jeune!! (24ans))
    Vous me paraissez avoir bien avancé dans votre chemin de vie, alors continuez.
    Merci en tout cas.

  2. Anthony dit :

    Bonjour Clémence,

    Voila je suis tombé sur ton blog un peu par hasard et je tenais à te dire que je le trouve fascinant. Je n’ai pas encore pris le temps de tout lire mais le peu que j’en ai vu (article sur Nietzsche, présentation, relaxation…) est vraiment intéressant. Je travail également à réfléchir dans cette idée de « lutte contre l’abrutissement ». Je réfléchis sur le dépassement de soi Nitzschéen et sur la place actuel de l’homme dans son évolution, ce fameux fil tendu entre animal et surhomme.

    Au delà de ça je suis également amateur de théâtre contemporain, je travail dans la régie de spectacle et la conception sonore.

    Je te propose si cela t’intéresse de faire un peu plus connaissance par mail par exemple pour éventuellement débattre un peu et réfléchir sur des sujets. Je te propose donc une petite correspondance. Mon mail : anthony.deneufve[at]orange.fr

    Si tu as cinq minutes, je te propose également la visite de mon site / blog à l’adresse suivante : http://site.voila.fr/ldf/home.html
    Une grande partie est en construction mais la page articles est totalement accessible et fournie en petits textes qui pourraient peut-être t’intéresser.

    bonne continuation

    Anthony.

  3. CoachDom dit :

    Bonsoir,

    Je pense sincèrement qu’il faut arrêter de chercher à se rassurer par une quête insatiable de compréhension et d’explication.

    L’abus de mental TUE !

    Une solution est de faire. Comment ? On sourit, on se relâche, on respire, et on s’amuse.

    Tes textes sont sympathiques.

    Porte-toi bien !

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